Zones de mouillage et d’équipements légers : véritables alternatives écologiques ?
Une zone de mouillage et d’équipements légers (ZMEL) est une aire d’accueil et de stationnement temporaire pour les navires et bateaux, composée d’installations mobiles et relevables qui garantissent la réversibilité de l’aménagement du site occupé. L’établissement d’une ZMEL consiste ainsi à délimiter et aménager une zone du domaine public maritime (DPM) afin d’organiser la pratique du mouillage dans des secteurs fréquentés par les plaisanciers et suffisamment abrités. La pratique du mouillage est encadrée par le décret n°2020-677 du 4 juin 2020.
A la différence des ports, les ZMEL se caractérisent par une emprise maritime et terrestre légère, avec peu d’équipements et de services. Les procédures relatives à leur création et leur gestion diffèrent également de celles des ports. L’implantation d’une ZMEL est notamment conditionnée à l’obtention d’une autorisation d’occupation temporaire (AOT) d’une durée maximale de 15 ans renouvelable. A l’issue de cette AOT, tous les équipements doivent être retirés pour permettre un retour à l’état naturel du site d’implantation1 .
Les ZMEL ont ainsi vocation à organiser l’accueil des navires dans des conditions respectueuses des impératifs de sécurité des personnes et des biens, de salubrité et de protection de l’environnement2.
ZMEL de Cavalière, Lavandou (Var) ©Sylvie Pinto
Quel intérêt stratégique ?
On dénombre 209 communes en France qui abritent au moins une ZMEL, offrant une capacité totale de 33 000 postes d’amarrage pour 260 ZMEL3. La Bretagne dispose de près des deux tiers des ZMEL françaises, notamment dans le Morbihan et le Finistère. La Méditerranée compte environ 15% des ZMEL en France, et les territoires ultra-marins 3%.
Le premier décret traitant des ZMEL a été publié dès 1991 (Décret n°91-1110 du 22 octobre 1991), avant d’être abrogé en 2011. Les premières ZMEL en France ont donc été créées il y a 35 ans. Pourtant, aucune stratégie nationale pour leur gestion n’avait encore été établie. Les ZMEL constituent cependant aujourd’hui un objectif stratégique prioritaire dans le cadre de la gestion publique de la plaisance maritime. Les ZMEL sont ainsi intégrées à la Stratégie Nationale de la Mer et du Littoral (2024-2030) : Objectif 6 – Bien vivre sur le littoral et recomposer le modèle d’attractivité des littoraux, et à la Feuille de route Nautisme et Plaisance (2025-2030). Dans ce cadre, plusieurs études pilotées par la Direction Générale des Affaires Maritimes, de la Pêche et de l’Aquaculture (DGAMPA) sont prévues pour améliorer la connaissance des ZMEL sur les volets écologiques et économiques.
Cette récente prise en compte stratégique est liée à une volonté de mieux connaître, mieux organiser, mieux gérer et accroître ce type d’aménagement, qui peut constituer une alternative de moindre impact écologique aux activités de plaisance maritime.
Véritable alternative écologique ?
Les ZMEL se situent en majorité sur des espaces maritimes à haute valeur écologique : réserves naturelles marines, parcs naturels marins, sites classés, zones Natura 2000, etc. La richesse et la fragilité de la biodiversité de ces espaces, en lien avec la présence de certaines espèces de faune et de flore telles que les herbiers de posidonie, de zostère, ou les bancs de maërl, justifient de mener une réflexion pour encadrer au mieux la pratique des activités de nautisme et de plaisance.
Si la mise en place d’une ZMEL semble être une réponse adaptée, la question des types d’ancrages et de balisages utilisés demeure centrale. Pour délimiter les zones de mouillages via un balisage dédié, et pour permettre aux bateaux de s’amarrer, les ZMEL sont ainsi équipées soit :
- D’ancrages classiques traditionnels composés d’un corps mort et d’une chaine ;
- Ou d’ancrages écologiques, dont les systèmes peuvent différer légèrement selon le type de site d’implantation (type de fonds et d’habitat, niveau d’exposition à la houle, courant, hauteur d’eau à marée basse, etc.). Ils peuvent ainsi être composés d’un corps mort ou d’une vis enfoncée dans le sol et d’une bouée intermédiaire qui supporte le poids de la chaîne et évite que celle-ci ne racle le fond, ou bien d’une chaîne en textile.
Les ancrages traditionnels entraînent un ragage de la chaîne, potentiellement très dommageable pour les fonds marins avec une estimation d’un potentiel d’endommagement de 5 à 10m2 d’herbiers pour chaque poste d’ancrage ou de balisage, et ne constituent pas en cela des dispositifs écologiques4.
Mouillage de moindre impact sur banc de maërl ©Yann Souche/ Office français de la biodiversité/ Life Marha - Illustration créée dans le cadre du projet Life Marha avec le soutien financier du programme LIFE de l’Union Européenne
Balisage de moindre impact sur herbier de posidonie ©Yann Souche/ Office français de la biodiversité/ Life Marha - Illustration créée dans le cadre du projet Life Marha avec le soutien financier du programme LIFE de l’Union Européenne
Les ancrages et balisages écologiques seront donc préférés, en particulier au sein d’espaces protégés. Ces dispositifs écologiques d’apparition récente nécessitent par ailleurs d’observer un suivi de leur efficacité et de leur moindre contrainte sur le milieu naturel. Les objectifs sont d’une part de s’assurer que le type d’ancrage / balisage écologique choisi est adapté et ne provoque aucun frottement dans le fond, et d’autre part, de suivre l’impact du dispositif sur les habitats et les espèces de la zone concernée par la ZMEL. Ce suivi entre dans la continuité des études environnementales à produire en amont de la création de la zone, constitutives du dossier de demande d’autorisation de création de la ZMEL.
Par ailleurs, si la création d’une ZMEL peut répondre à une problématique de mouillage sauvage dans des zones protégées, elle induit également la présence de bateaux de plaisance dans ces zones fragiles. Or, la présence de ces bateaux pose plusieurs questions :
- Les rejets des eaux usées de bateaux qui n’auraient pas de cuve de récupération ou qui n’auraient pas la possibilité d’accéder à une station de pompage / dépotage avant leur arrivée ;
- Les résidus de produits anti-fooling, déposée par les bateaux de plaisance dans ces espaces sensibles ;
- Les nuisances sonores et visuels engendrées par la présence de plaisanciers et leurs bateaux ;
- Le caractère temporaire de la ZMEL, qui sous-entend que l’ensemble des équipements présents ont vocation à être retirés à l’issue de l’AOT. Or, certaines installations, telles que les corps morts utilisés dans les ancrages, voient la biodiversité les coloniser. La désinstallation de ces équipements pourrait donc provoquer un nouveau dérangement des espèces.
Les ZMEL dans le Pavillon Bleu
37 ZMEL dans 29 communes sont représentées au sein des lauréat 2026 du Pavillon Bleu. Les régions Bretagne et Provence-Alpes Côte d’Azur concentrent le plus grand nombre de ZMEL au sein des lauréats Pavillon Bleu, avec respectivement 9 ZMEL chacune.
Pourtant, c’est en Nouvelle-Aquitaine qu’on retrouve le nombre de postes d’amarrage le plus important au sein des lauréats Pavillon Bleu, où plus de 40% des postes se concentrent. Avec seulement 4 communes qui disposent d’au moins une ZMEL, le poids de la région est fortement tiré par la ZMEL de Lège-Cap-Ferret où se situe notamment le port de La Vigne. C’est ensuite dans le Morbihan, la Corse et les Bouches-du-Rhône que se concentrent les plus grosses ZMEL parmi les lauréats du label.
Plusieurs lauréats qui abritent une ZMEL se trouvent par ailleurs dans une zone protégée, en faisant des espaces stratégiques pour concilier la plaisance et la protection de la biodiversité.
A ce titre, la commune du Lavandou a été récompensée en 2024 pour son projet de ZMEL dans la baie de Cavalière dans le cadre du Prix Thomas Joly pour la biodiversité. La baie de Cavalière concentre un nombre important d’espèces recensées, dont un herbier de Posidonie de 80 hectares et un récif barrière. La zone était concernée par une ZIM (Zone d’Interdiction au Mouillage) depuis 2022, délimitée par un balisage écologique. Le jury du Prix Thomas Joly, composé d’experts de la biodiversité, a souhaité récompenser la commune pour la mise en place d’une solution plus écologique pour l’accueil de plaisanciers dans l’Anse de Cavalière où se côtoient baigneurs, plaisanciers et pratiquant d’activités nautiques.
ZMEL de Cavalière, Lavandou (Var) ©Sylvie Pinto
Focus sur la ZMEL de Saint-Pierre (Martinique)
Dans le cadre de ses missions, le programme Pavillon Bleu accompagne également la Société Antillaise d’Exploitation des Ports de Plaisance (SAEPP)/ Marine Connect Group, gestionnaire de la ZMEL de la Rade de Saint-Pierre en Martinique dans sa démarche de durabilité et d’éducation à l’environnement.
La Rade de Saint-Pierre se situe dans la commune de Saint-Pierre, au nord-ouest de la Martinique, au pied de la Montagne Pelée. Créée en 2017, la ZMEL s’est implantée sur cette partie du territoire pour répondre à une problématique de mouillage sauvage très impactant pour les fonds marins. En effet, Cap Nord, collectivité délégante, indique que plus de 1 200 navires étaient recensés dans la baie de Saint-Pierre en 2023 ; or le port le plus proche se trouve à une quarantaine de kilomètres. La ZMEL permet ainsi d’accueillir les plaisanciers en impactant moins le milieu naturel, tout en contribuant au dynamisme économique et touristique de la zone. Bien qu’étant doté de moins d’équipements qu’un port traditionnel, la Rade de Saint-Pierre a souhaité s’engager dans une démarche d’accueil exemplaire, et propose donc certains services qui améliorent la qualité d’accueil des plaisanciers tout en préservant la biodiversité présente.
La rade effectue un suivi régulier de ses corps-morts équipés d’habitats artificiels, utilisés dans le cadre de ses postes d’ancrage et de balisage écologiques. Une signalétique et une communication web dédiées à la biodiversité marine de la zone sont également mises en place. Des campagnes digitales sur l’usage de produits biodégradables à bord sont régulièrement diffusées via les réseaux sociaux et à la capitainerie. La Rade de Saint-Pierre dispose en outre d’une barge multi-services qui permet l’apport d’eau potable à flot, le dépotage des eaux usées à flot, et qui peut intervenir pour porter assistance aux plaisanciers en cas d’urgence. Les gestionnaires sont enfin très engagés dans la sensibilisation au développement durable, avec notamment l’organisation de visites pédagogiques pour les groupes et scolaires autour de la ZMEL et de la biodiversité, et des campagnes digitales de sensibilisation aux économies d’eau et d’énergie pour les plaisanciers.
ZMEL de la Rade de Saint-Pierre (Martinique)
©Société Antillaise d’Exploitation des Ports de Plaisance (SAEPP), Marine Connect Group
1. Ministère chargé de la Mer et de la Pêche, Mouillage des navires en dehors des ports
2. Préfecture maritime Méditerranée, Stratégies Stratégie méditerranéenne de gestion des mouillages des navires de plaisance
3. Géolittoral, Zones de mouillage et d’équipements légers
4. Office Français de la Biodiversité (OFB), Projet Life Marha, Balisages, mouillages et Zones de Mouillages et d’Équipements légers (ZMEL)